Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

Sur l’excellence du Tiers-Ordre, le Père Frédéric a préféré Léon XIII à l’histoire

Au temps du Bon Père Frédéric, on invitait les laïcs à entrer nombreux dans l’Ordre franciscain séculier, en parlant de «l’Excellence» de sa Règle de vie et on avait raison. Le grand connaisseur de l’histoire qu’était le Père Frédéric, par ses études et ses écrits sur une cinquantaine de grands personnages de l’histoire franciscaine, préféra tout de même le Pape de son temps aux réussites de l’histoire. 

Il lui eût été peut-être plus simple, quand il arriva au Québec en 1888, de faire directement le lien avec les Franciscains Récollets, arrivés à Québec avec Champlain dès 1615 et qui furent au nombre de 345 en deux siècles. Il eût été sans doute plus facile pour le Père Frédéric de faire un peu d’histoire et d’exposer que la famille séculière de saint François avaient comptés beaucoup dans l’Église catholique durant sept siècles. Il aurait pu commencer à montrer son influence en Europe, auprès de gens ordinaires comme auprès de la cinquantaine de têtes couronnées : empereurs, roi, reines, princesses, duchesses, et en particulier en France, aux temps de l’envoi des Récollets et des Capucins au Canada. Il aurait fait écarquiller les yeux de ses auditeurs en leur rappelant que deux reines influentes de France, tertiaires de saint François, Anne d’Autriche et Marie-Thérèse d’Autriche, elle-même épouse de Louis XIV étaient sur un trône jadis honoré par saint Louis de France et Blanche de Castille (Éphrem Longpré, Le Tiers-Ordre séculier de saint François d’Assise au Canada, Montréal, 1921, p.15-17). Ces quelques simples affirmations de l’histoire, en un temps où l’on croyait encore aux témoignages de l’histoire, aurait suffi amplement à illustrer ses propos. À partir d’un fleuve aussi large et magnifique que le Saint-Laurent, sans doute aurait-il pu pointer du doigt la splendeur d’une source intarissable, François d’Assise !

Au lieu de cela, le Père Frédéric choisit plutôt de parler de l’excellence du Tiers-Ordre, parce que le Pape Léon XIII l’avait demandé. Ce Pape rêvait en effet de réformer l’Église de son temps par le Tiers-Ordre. Il venait d’écrire la Constitution «Misericors Dei Filius» (30 mai 1883) qui faisait ressortir tous les «avantages spirituels» d’une vie sainte, et surtout la concession de multiples Indulgences plénières à réitérer en une multitude d’occasions, moyennant confession et communion. Ces occasions, c’étaient les grandes Fêtes de l’Église catholique, prise d’habit franciscain, engagement pour la vie, à chaque réunion de fraternité, aux grandes fêtes franciscaine : François, Claire, Élisabeth de Hongrie, Louis de France, la Portioncule, à chaque retraite annuelle de huit jours, et même à chaque fois que des Franciscains séculiers récitaient un Pater, un Ave et un Gloria aux intentions de l’Église. Parlant d’«avantages spirituels», il était difficile d’offrir mieux. Voilà comment le Bon Père Frédéric parlait de «l’Excellence» de la Règle.

Frère Roland Bonenfant, ofm