Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

Au coeur de la tourmente

Au coeur de la tourmente

Le rythme effréné d’aujourd’hui fait obstacle à l’intériorité. Quiconque désire apporter un peu de profondeur à son existence, par le silence, sentira le tourbillon du monde l’habiter. Certains s’étonnent de me voir conduire l’automobile ou de prendre l’autobus avec bonheur. J’arrive presque toujours le cœur et l’âme reposés, l’esprit alerte. Mon petit monastère ambulant, c’est la route.


J’ai longtemps cherché quelque chose qui m’était donné, mais que je ne voyais pas. En effet, pendant de nombreuses années, je confondais intériorité et vie spirituelle avec « temps passé à la chapelle ». Aussi, j’ai exprimé pendant de longues années, une insatisfaction par rapport à ma propre vie (pendant les études ou le travail missionnaire ou pastoral). Ceci est d’autant plus vrai que je devais me déplacer souvent. Dans les missions du Grand Nord, la vie missionnaire est itinérante, passant d’un village à l’autre. Tant à la Société catholique de la Bible que dans le contexte paroissial, pendant près de 20 ans, j’étais aussi appelé à me déplacer constamment. Parfois avec un brin de nostalgie, j’aspirais à plus de stabilité ou de présence à la chapelle.


Puis Dieu a lentement pris ma main et m’a conduit en des chemins inattendus. La relation à Dieu n’est pas seulement à cultiver dans un retrait complet, ou de longs séjours en retraite ou silence. Moi qui ai toujours fait ou écouté beaucoup de musique, lentement, mes goûts se sont précisés, affinés. Curieusement, j’écoute encore du Gospel, du classique, du jazz, du country, de la pop — comme je le faisais avant —, mais désormais, je cherche de la substance. Tous ces styles musicaux peuvent être « orgueilleux », chacun à sa manière, et très superficiels. Je constate que mes choix me conduisent de plus en plus à la profondeur de ce que je suis. 


En auto, je roule désormais en silence, 90% du temps. Je me branche occasionnellement sur l’une ou l’autre émission, mais je les choisis de mieux en mieux. Écouter les nouvelles, parfois, me suffit pour porter dans la prière un conflit en Syrie, ou ailleurs dans le monde. Pendant des heures. Après un concert ou un temps de formation, j’aime me retrouver dans le calme, en compagnie de Dieu, pour continuer de penser et de prier pour les gens que j’ai rencontrés. 


Le plus beau paradoxe, le voici : au milieu de la tourmente, des tourbillons de la vie, au milieu d’un grand nombre d’activités, il est possible d’avoir le cœur tourné vers Dieu et de se reposer en lui. Les occasions sont nombreuses, même en ce monde moderne, de rafraîchir son âme et son cœur dans l’Unique Bonté qu’est Dieu. Bien sûr, je continue de visiter la chapelle ou l’église, mais je constate que j’y ai surtout creusé un goût de calme qui trouve sa réponse en des lieux inattendus. L’auto est devenue une petite extension de notre chapelle, où j’y expérimente la présence de Dieu. Routes du Québec et d’ailleurs, here I come !, avec le Bon Dieu comme passager. 


Frère Guylain Prince, ofm