Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

Conférence du Père Frédéric en 2018 

Conférence du Père Frédéric en 2018 

Pourquoi promettre d’observer l’Évangile ?


Qu’est-ce qu’aurait pu dire le Bon Père Frédéric en 2018, s’il avait à traiter de l’excellence du Tiers-Ordre dans une conférence? Que dirait-il aujourd’hui, au-delà des avantages de l’Indulgence plénière et de l’influence de saint François d’Assise à travers l’histoire? Que dirait-il en s’appuyant sur la théologie et le Concile Vatican II ? Essayons de l’imaginer et de le deviner.


Après avoir dit : «Mes très chers frères et sœurs, merci d’aimer si bien le Seigneur», le Père Frédéric affirmerait sans doute ceci : l’Ordre franciscain séculier n’a pas de statut à part; le 1er, le 2e et le 3e Ordre sont «l’ORDRE FRANCISCAIN», à part entière. Son excellence est de vivre le grand défi de l’Évangile du Christ, en vivant jusqu’au bout l’aspect fraternel de l’Église, ce rassemblement dont la caractéristique est d’être fraternel, justement. C’est la concrétisation de trois intuitions majeures de saint François : 1- Vivre l’Évangile comme rencontre personnelle et communautaire du Seigneur ressuscité, 2- Se dynamiser en Fraternités pour ne pas perdre de vue notre envoi en mission, et 3- Obéir à l’Esprit du Seigneur par un discernement spirituel en groupe, en vue d’annoncer un Dieu fraternel. En résumé, je dirais : Afin que le «sel de la terre» garde toujours toute sa saveur ! 


On pourrait inverser ces valeurs, car tout est orienté vers la troisième intuition : annoncer un Dieu fraternel qui n’est qu’Amour, par une communion dans les prises de décisions en vue d’un agir apostolique. Si on observe l’Évangile, c’est pour être fraternels; si on est fraternels, c’est en vue de faire consensus dans nos décisions et d’être fraternels dans nos manières d’annoncer ce Dieu fraternel. 


La grande tentation, à laquelle l’Église du Seigneur ne devrait jamais succomber, c’est celle d’annoncer un Dieu impérial, à la manière des peuples de la terre et du monde, quand ils se braquent sur l’idée d’autorité et d’obligations morales à rappeler sans cesse pour garder l’ordre public. De la garder par la force et la loi! La tentation était grande, au temps de saint François comme à toutes les époques, de troquer la réalité du service contre celle de l’autorité et du pouvoir absolus. Au contraire, la Fraternité franciscaine a mission, d’annoncer une Église en service et un Dieu fraternel et pauvre, celui de Jésus de Nazareth, qui s’est fait petit enfant. De l’annoncer en respectant les libertés, en ne l’imposant jamais! Il s’agit comme «Fraternités d’Église» de nous incarner dans le monde comme Jésus, en nous incarnant dans ce grand corps social qu’est notre monde sécularisé. C’est «l’Église dans le monde de ce temps» (Vatican II, Premier document). Voici résumé en trois points l’excellence du charisme franciscain :


1- L’Évangile comme Livre de vie, c’est beaucoup plus qu’un livre avec un message exceptionnel, c’est le Christ Jésus lui-même, Lumière du monde. Chaque frère, chaque sœur doit s’attacher à la personne de Jésus lui-même, le choisir en priorité. C’est ce que veut dire vivre le saint Évangile : former son Corps, être un autre Christ aujourd’hui. Voilà pourquoi sont si importants les Partages d’Évangile en groupe comme école de croissance spirituelle et d’attachement au Christ ressuscité.


2- La Fraternité, comme lieu d’apprentissage concret d’une vision égalitaire, est un fruit de l’Évangile accueilli. La grâce de la Fraternité est d’abolir tout préjugé de classes, de races, de sexes, de conditions sociales, pour arriver à n’être qu’un dans le Christ, tous artisans de Paix. Cette Fraternité, quand elle est vécue et réalisée, est le sceau du charisme franciscain, comme manière de former une Église vivante, foncièrement égalitaire. Toutes les autres valeurs librement choisies, comme la pauvreté, le détachement des biens de la terre, la recherche de la volonté du Seigneur, la prière elle-même sont au service de cette réalité essentielle qu’est la Fraternité universelle. Nous sommes frères et sœurs de tous les humains. Notre salutation doit être simple, comme ceci : «À vous, Paix et Bonheur !»


3- Le discernement spirituel en groupe est une façon de décider de choses importantes, en écoutant ensemble l’Esprit-Saint, qui parle la plupart du temps par la bouche des plus simples et des plus petits. L’expérience vraie de la Fraternité mène à l’écoute des petits et à la promotion des humbles moyens, qui culminent toujours dans le courage et la persévérance. C’est l’illustration de cette grande vérité du Royaume de Dieu : il a plu au Seigneur de sauver le monde par sa sainte Croix. L’excellence de l’Ordre franciscain, et du 3e Ordre, frères et sœurs, c’est d’être le sel de la terre et le levain dans la pâte, en nous soutenant mutuellement et en nous exerçant à porter ensemble la croix du Seigneur dans la joie et l’action de grâce. Voilà ce que peut offrir une Fraternité franciscaine séculière, jamais parfaitement mais toujours sous le signe de l’espérance et de la foi en la Résurrection. Voilà son excellence !

 

Frère Roland Bonenfant, ofm