Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

La confrérie de la Sainte-Famille à Ville-Marie

Étude pour la Sainte-Famille, vers 1942, Ozias Leduc

Dans un article précédent, j’ai expliqué comment la spiritualité de Jérôme Le Royer de la Dauversière, centrée d’abord sur la dévotion à la Vierge, évolua graduellement au cours de sa vie vers une dévotion à la sainte Famille. Cette dévotion atteignit la Nouvelle-France par l’intermédiaire de la Société Notre-Dame de Montréal dont Jérôme était un membre éminent. « Tous ces messieurs (9 prêtres, 18 laïcs) et dames (8) s’assemblèrent un jeudi, vers la fin de février (1642) … en l’église Notre-Dame de Paris… Là, tous ensemble, ils consacrèrent l’île de Montréal à la Sainte Famille de Notre Seigneur Jésus, Marie et Joseph, sous la protection particulière de la Sainte Vierge. »

La fondation de Ville-Marie date du 17 mai 1642 et 21 ans plus tard, soit le 31 juillet 1663, est instituée la Confrérie de la Sainte-Famille à Ville-Marie. Entre temps, vers 1660, la Société Notre-Dame de Montréal est devenue très affaiblie, car plusieurs membres sont décédés et d’autres ont pris leurs retraites. Ces messieurs et dames de Montréal avaient réussi à maintenir Ville-Marie en vie pendant une vingtaine d’années. Maintenant, il fallait céder la place à d’autres qui continueraient l’œuvre. La place fut cédée aux Sulpiciens. La donation de Montréal à la Compagnie de Saint-Sulpice s’effectue le 9 mars 1663. 

« C’est de cette époque, écrit René Latourelle, que date le projet d’une Confrérie de la Sainte-Famille à Montréal. Chaumonot y fit la rencontre de madame D’Ailleboust, épouse de gouverneur : une âme d’élite, en réputation de sainteté. Celle-ci avait conçu le dessein de réformer les familles chrétiennes sur le modèle de la Sainte Famille. La rencontre de Chaumonot et madame D’Ailleboust fut déterminante dans la fondation de la Confrérie de la Sainte-Famille : un projet répondant à des aspirations qui habitaient depuis longtemps Chaumonot. On peut même dire que si madame D’Ailleboust fut l’inspiratrice du projet, Chaumonot en fut le réalisateur. Non seulement monsieur Souart approuva-t-il cette dévotion déjà établie en France, mais il permit à Chaumonot de prêcher ouvertement sur le sujet. L’un des premiers à être gagné à la nouvelle dévotion fut Maisonneuve qui appela milice de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph la compagnie militaire chargée d’assurer la sécurité de Ville-Marie. Chaumonot n’en resta pas là. Il recommanda le projet à saint Ignace dans une prière rédigée par lui et signé par monsieur Souart, Marguerite Bourgeoys, madame D’Ailleboust et lui-même. »

« Le dessein de Dieu dans l’établissement de la colonie de Montréal, écrit un historien de l’époque, était de faire honorer Jésus, Marie et Joseph par trois communautés qui, chacune, devaient être consacrées à l’une de ces trois augustes personnes : le séminaire de Saint-Sulpice, à Notre-Seigneur ; la Congrégation, à la très-sainte Vierge, et les hospitalières, à saint Joseph. Dieu, qui change quand il lui plaît les obstacles en moyens de succès, voulut qu’en l’année 1663, où ces trois communautés semblaient être extrêmement chancelantes par les difficultés comme insurmontables que M. de Laval opposait à leur établissement, elles commencèrent à accomplir le dessein qu’il avait eu en les fondant, et donnèrent naissance à l’institution de la Confrérie de la Sainte-Famille. »

Georges Morin, o.f.m.