Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

En pure grâce!

Plus que jamais, j’ai l’impression de récolter ce qui a été longuement semé. Et ces jours-ci, les magnifiques fruits de la moisson pointent alentours. Mon cœur est gonflé de joie, de reconnaissance et d’espérance. L’Évangile n’est pas démodé; l’Église n’est pas désuète. Les signes de la vie percent de partout; le Royaume se déploie dans le monde d’une manière nouvelle. Avons-nous les yeux pour le voir?


En 1987, je termine mon baccalauréat en théologie. L’un de mes cours est la « théologie de l’évangélisation et de la mission ». Je consacre mon travail à la jeunesse, y étant alors impliqué — et étant moi-même dans la vingtaine. Les résultats furent pour moi révélation. Mon professeur d’alors m’avait longuement interrogé sur mon travail, car, je concluais à contre-courant. Pour l’essentiel, je disais qu’il y avait une faille dans la théologie catholique, qui ne tenait pas suffisamment compte de l’étincelle initial, l’éveil à la foi, la première rencontre consciente avec le Dieu de Jésus Christ. Ce lien vivant, personnel et réciproque était, quasi partout, considéré comme un acquis; il était sous-entendu. Or, déjà, dans les années ’80, je considérais que ce n’était plus le cas, pour les adultes, et encore moins pour les jeunes. 


Toute une série de documents s’est déployée dans les années qui ont suivies : Risquons l’avenir, la recherche-action de Jacques Grand’Maison et son équipe, l’annonce de l’Évangile dans la culture du Québec actuel et combien d’autres. Toujours, souterraine, la question de l’identité chrétienne et de son lien avec la culture ambiante se manifestait sous plusieurs formes. Qu’est-ce qu’un chrétien? À partir de quel moment pouvons-nous dire qu’une personne n’est pas seulement de « culture chrétienne », mais qu’elle est de foi  chrétienne?


Pendant les huit années que j’ai passées dans le diocèse de Joliette, étant donné mon implication jeunesse, on m’a confié le commencement d’un catéchuménat pour les adultes. J’ai accompagné une vingtaine de jeunes adultes (et une femme asiatique d’une quarantaine d’années) vers le baptême et/ou la confirmation. J’y ai vécu un bonheur sans nom. Des conversions à la foi chrétienne, par des adultes, cela devient de plus en plus vrai, de plus en plus important. Tant dans les nombres que dans la qualité des candidats. Oh, il y a bien des gens qui demandent cela par « convenance » — oui, ça arrive encore aujourd’hui, à l’occasion —, mais globalement, ils le font librement. Voir les yeux d’une personne s’illuminer quand elle découvre que Dieu existe et qu’il est bon est une grâce dont je ne me lasse pas. 


Ces dernières années, ce mouvement s’est accentué. Dans les groupes de jeunes que je fréquente, la grande majorité ont vécu une rencontre avec le Seigneur alors qu’ils étaient adultes. Les conversions à la foi chrétienne de gens qui ont été agnostiques, athées, bouddhistes, musulmans ou autres, j’en suis témoin. Ici et ailleurs. La fin d’une certaine forme d’Église au Québec (territoriale, majoritaire, sociétale, etc.) masque le fait qu’elle est en train de renaître tout doucement, à contre-courant et autrement.


Les témoignages nombreux que j’ai entendus dans les trois derniers mois m’ont littéralement porté et soufflé. Souvent, je me suis surpris à lancer vers Dieu et dans le monde une parole remplie de paix, d’espérance et de confiance. J’ai plusieurs fois chanté à tue-tête, le cœur plein de reconnaissance. Encore récemment, avec des gens très défavorisés, je vivais la joie de l’Évangile. Le P. Benoît Lacroix, OP, parlait des « braises de l’Évangile » qui brûlent toujours au cœur du Québec, « il suffirait d’un petit courant d’air qui poussent les cendres pour raviver la flamme d’une foi différente. » À partir de ce que je vois et de ce que je comprends, je suis totalement d’accord avec lui. 


Voilà pourquoi je suis dans la joie et la reconnaissance, car partout je constate que Dieu est bien vivant et qu’il agit encore aujourd’hui. Et je constate que son action se produit là où on ne l’attend pas, bien souvent, d’une manière étonnante et surprenante. Parfois même, malgré nous.

Guylain Prince, OFM