Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

LOUÉ SOIS-TU, MON SEIGNEUR, POUR SOEUR NOTRE MÈRE TERRE NORDIQUÉBEC


Durant l’année 2011, les médias n’ont cessé de nous informer sur le Plan Nord, qui vise l’immense territoire du Québec nordique, que certains aiment à appeler familièrement : Le Nordiquebec. Ce territoire, formant 72% de la superficie du Québec, soit environ 1,2 million de km carrés, s’étend à l’ensemble du territoire du Québec situé au nord du 49e parallèle puis au nord du fleuve et du golfe Saint-Laurent.

Le Nordiquebec englobe donc les régions de la Côte-Nord, de la partie nordique du Saguenay-Lac Saint-Jean, et du Nord-du-Québecincluant les deux secteurs de la Baie-James et du Nunavik.

Ce Plan Nord, dévoilé le 9 mai 2011 et ayant pour devise : «Développer le Nord c’est aussi le protéger», fut annoncé comme «l’un des plus grands chantiers de développement économique, social et environnemental de notre époque». Le volet environnemental de ce Plan annonçait particulièrement ‘la mise en réserve de 50 % de la superficie de son territoire à des fins autres qu’industrielles, pour la protection de l’environnement et la sauvegarde de la biodiversité, soit environ 600 000 km2’. Quel beau Plan ! Mais, va-t-il se réaliser intégralement ?

Nous connaissons la célèbre phrase de Michael Gorbatchev, au sujet de l’environnement : « Si nous voulons encore sauver le monde pour les prochaines générations, nous devrions tous nous convertir. Mais on se convertit seulement si on a la spiritualité. » Pour nous, disciples de François d’Assise, notre conversion consiste justement à pratiquer la spiritualité franciscaine de la création.

Plutôt que de voir la création simplement comme des objets inanimés, à être utilisés et exploités par nous, les humains, Saint François d’Assise considérait la création toute entière comme une fraternité universelle ayant sa source en Dieu.

Ainsi François appelle notre planète : Sœur Mère Terre. Comme «Mère», la terre se soucie de tous nos besoins et est capable de sustenter avec abondance les humains et les autres créatures de la terre, et comme «Sœur», nous avons la responsabilité de prendre soin de la terre comme nous avons le devoir de prendre soin de notre sœur faite du même sang. «Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre, laquelle nous sustente et nous gouverne et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe.»

À cette strophe de louange du Cantique du Soleil nous pouvons, me semble-il, ajouter ce mot nouveau : Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre Nordiquebec.

La Côte-Nord

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre Nordiquebec de la Côte-Nord, région caractérisée par l’immensité du territoire et de l’estuaire du Saint-Laurent, par la beauté de la flore et les gigantesques mammifères marins qui peuvent être observés sur plus de 400 kilomètres de littoral, par les monolithes de l’Archipel-de-Mingan, aux formes étranges, quasi surnaturelles et par l’île d’Anticosti, «l’île de beauté» la plus grande du Québec, avec un territoire de 8 000 kilomètres carrés de chasse et de pêche.

« Que la terre bénisse le Seigneur… Et vous, baleines et bêtes de la mer, bénissez le Seigneur ! »

Le Saguenay-Lac-St-Jean

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre Nordiquebec du Saguenay-Lac-Saint-Jean, pays des bleuets, en d’autres mots de ces petits fruits bleus vraiment savoureux qui poussent en abondance ; pays de gens imaginatifs et colorés qui ont une nette tendance à l’exagération dans leur langage : «un lac aussi grand qu’une mer, des forêts à perte de vue, des montagnes qui embrassent le ciel» ; pays d’une immensité verdoyante découpée par deux plans d’eau tout à fait uniques : la rivière Saguenay qui coule dans le lit du seul fjord navigable en Amérique du Nord, remarquable par la beauté sauvage de ses falaises et le lac Saint-Jean, véritable mer intérieure de plus de 35 km de diamètre, le plus grand lac habité de toute la province.

« Que la terre bénisse le Seigneur… Et vous, lacs et rivières, bénissez le Seigneur ! »

La Baie-James

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre Nordiquebec de la Baie-James, ce territoire situé entre le 49e et le 55e parallèle où l’on trouve la forêt boréale avec ses conifères et ses feuillus de plus en plus rares et qui commencent à se fondre tranquillement à la taïga (forêt de Sibérie) ; territoire sauvage où les caribous abondent par centaines de milliers tandis qu’on perd le décompte de tous les oiseaux migrateurs qui enjolivent ciel et terre en saison ; territoire qui a connu une importante ruée vers l’or et où l’on a trouvé également des minerais d’argent, de cuivre et de zinc ; territoire où les nombreux cours d’eau sont aptes à produire l’électricité en abondance par d’immenses barrages dont La Grande-2, la plus grande centrale souterraine au monde.

« Que la terre bénisse le Seigneur… Et vous, profondeurs de la terre, bénissez le Seigneur ! »

Le Nunavik

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre Nordiquebec du Nunavik, région arctique reconnue pour ses paysages magnifiques où la toundra sauvage, la taïga et les quelques forêts boréales sont majoritairement constituées de pins, d’épinettes, de trembles, de peupliers et de mélèzes ; région arctique où se promènent un peu partout les centaines de milliers de caribous, les ours et les loups ; région arctique où même en été il fait entre 9 et 11oC et par contre, le soleil ne se couche pratiquement jamais et où en hiver, il n’y a que quelques heures de clarté ce qui amène son lot de froidure et de noirceur ; région arctique dont on pourrait chanter la beauté sur les ailes de la chanson : «Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver» de Gilles Vigneault, le chantre des grands espaces et de la neige.

« Que la terre bénisse le Seigneur… Et vous, la glace et la neige, bénissez le Seigneur ! »

Georges Morin ofm