Ordre des Frères Mineurs franciscains du Canada

La bénédiction des portes qui claquent…

Je pratique la prière silencieuse depuis plus de 30 ans. Cette tradition demande que, pour vingt minutes ou plus, je reste immobile et calme. Dans la paix d’une chapelle ou d’une chambre, je tourne mon esprit, mon cœur et ma pensée vers cette Bonté infinie, à ce Dieu d’amour qui nous attend dans le silence. 

Dans cet itinéraire, j’ai vécu plusieurs étapes. L’une d’entre elles était l’intolérance par rapport à tout bruit ou distraction. En effet, lorsque l’on commence sur les chemins de l’intériorité, on expérimente l’effet distrayant d’évènement, extérieur ou intérieur. Et chaque fois qu’un bruit se présente, parfois extrêmement subtil, on se laisse distraire ou déranger. Parfois, j’ai vécu cela à plusieurs reprises avec beaucoup de frustration. Je conserve même des souvenirs amusés où je me lève avec vigueur pour aller fermer une fenêtre ou une porte, pour faire taire « ce qui me dérange ». Je perdais alors toute paix.

Heureusement, ce ne fut qu’une étape.

En vérité, avec le temps, on apprend que l’effet distrayant n’est pas extérieur à soi. Bien sûr, il est souhaitable de trouver des endroits paisibles pour s’ouvrir à cette Présence aimante, mais ultimement, le silence intérieur dépend assez peu des circonstances extérieures.

Dans le livre que j’ai écrit sur le sujet (L’humble prière, MédiasPaul, 2016), j’explique que je prie avec grande profondeur au milieu du trafic, ou même en plein cœur de manifestations auxquelles je participe. Je prie autant dans la nature que dans la chapelle, dans les transports publics que dans les carrefours. J’ai découvert combien avec le temps le fait de se recueillir peut se vivre… partout en fait.

L’effet distrayant de mon environnement me révèle davantage mon état d’esprit et les dispositions avec lesquelles j’entre en prière qu’autre chose. Aussi, il y a trois semaines, lorsque j’ai exprimé un inconfort par rapport à une chapelle où les gens entraient constamment et « faisaient du bruit », un signal « d’alerte spirituelle » s’est allumé en moi. « Es-tu fatigué ou irrité? », me suis-je dit, « As-tu bien dormi? ». Loin d’être une distraction, l’arrivée d’autres personnes à la même chapelle ont été pour moi un révélateur de moi-même à moi-même.

Dans les deux dernières semaines, non seulement n’ai-je pas été distrait par leur arrivée, mais j’ai découvert la bénédiction franche qu’elle me procure. Ensemble, et en même temps, nous cherchons Dieu. De tout horizon, des frères et des sœurs arrivent et se joignent à moi pour apprendre à aimer Dieu. Pourquoi me plaindre ? C’est la plus belle bénédiction qui m’aie été donnée cet automne. Apprendre à aimer Dieu sans apprendre à aimer son prochain, cela n’existe pas. 

 

Guylain Prince, ofm