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Rencontre avec le père Don MacDonald, ofm

Rencontre avec le père Don MacDonald, ofm

Une histoire d’art et de théologie

Dans un français impeccable, le père Donald MacDonald, ofm, accepte de s’entretenir sur sa carrière universitaire : 50 ans consacrés à l’enseignement au Newman Theological College d’Edmonton. À 84 ans, il est à l’aube de la retraite. « Je sais au fond de moi que c’est assez. Je suis convaincu que j’ai fait le bon choix, j’en ai fait assez. » Il tient pourtant à préciser qu’il n’est pas encore tout à fait retraité, puisqu’il lui reste encore quelques travaux à corriger.

Oui, bien sûr, il parle de son poste de doyen de la faculté pendant plusieurs années. De son travail dans l’administration du Collège. De ses années d’enseignement. De sa spécialité, la Christologie. Il fait état de son parcours seulement lorsqu’on le lui demande. Il n’a que faire d’une quelconque reconnaissance. Ça ne semble pas avoir beaucoup d’importance à ses yeux. Il ne se glorifie pas.

Théologie et Vatican II

Bien qu’il n’ait aucun regret quant à son choix d’arrêter d’enseigner, on devine tout de suite qu’il a beaucoup aimé sa carrière universitaire. Il aime communiquer son savoir, ses idées, ses croyances, ses convictions. Sans rigidité quant à celles-ci, on imagine qu’il pourrait parler de sa vision de la théologie pendant des heures. « Pendant mes 50 années d’études et d’enseignement, la théologie n’a jamais été pour moi une discipline uniquement académique. »

Selon lui, la théologie doit se vivre au quotidien, pas seulement dans les cercles universitaires. « Une théologie qui ne peut pas être priée ou qui ne peut pas être vécue n’est ni chrétienne, ni catholique, ni franciscaine. Le divorce entre la théologie, la spiritualité et le ministère pastoral – qui a eu lieu au 16e ou 17e siècle – a été une des catastrophes les plus graves dans l’histoire de l’Église. La théologie du Concile Vatican II a réussi – du moins en grande partie – à surmonter cette séparation. »

Ce qui l’amène à souligner l’importance des laïcs dans la vie diocésaine. Selon le père Donald, les laïcs contribuent grandement à la vie de l’Église et pourtant, ils sont en nombre insuffisant dans la majorité des paroisses. Il affirme même sans hésiter : « Ce sont les laïcs qui sauveront l’Église. »

Parmi les laïcs se trouvent un grand nombre de femmes prêtes à prendre leur place. D’ailleurs, dans sa carrière, cet intellectuel a souvent enseigné à des jeunes femmes. À savoir auxquels des garçons ou des filles est-il plus intéressant d’enseigner, le pédagogue gentleman se contente de répondre en riant : « Il serait très enrichissant pour tous d’avoir plus de femmes en Église ! »

Une grande amitié

Dans les années 60, ce franciscain a eu le privilège de faire la rencontre et de se lier d’amitié avec une artiste canadienne, Madame Lorraine Malach. Décédée en 2003, elle a laissé sa marque à travers le Canada, particulièrement en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique.

 

L’oeuvre The Story of Life de Lorraine Malach est exposée au Royal Tyrrell Museum, à Drumheller (AB). Crédit-photo: Royal Tyrrell Museum

 

Artiste multidisciplinaire (argile, aquarelle, huile, tempéra à l’œuf), Madame Malach avait une passion pour la paléontologie. D’ailleurs, le réputé Musée royal Tyrrell de paléontologie situé à Drumheller (AB) expose fièrement une œuvre de cette artiste hors du commun. Cette œuvre colossale intitulée The story of life est composée de 10 tableaux de céramique. Chaque année, des milliers de visiteurs ont la chance de l’admirer dans le hall d’entrée du Musée.

Une murale en mouvement

Lorsqu’ils habitaient encore dans l’ancienne fraternité d’Edmonton, les franciscains avaient la chance de contempler quotidiennement une murale en céramique créer par Madame Malach. Pour des considérations logistiques, cette œuvre imposante avait dû être laissée sur le mur lors de la vente de la maison à un organisme de charité.

Intéressés à récupérer l’œuvre, les frères franciscains ont reçu en 2019 le coup de pouce espéré. En effet, un bienfaiteur leur a offert de payer les frais de relocalisation. Le déplacement de la murale (estimée à deux tonnes) s’avérait être un défi de taille. On leur avait même dit à maintes reprises que cela serait impossible à effectuer. L’œuvre a dû être découpée au laser pour être délogée de son mur original et transportée délicatement vers sa nouvelle demeure, la bibliothèque du Newman Theological College.

 

Murale de céramique par Lorraine Malach, illustrant François d’Assise et ses amis.

 

L’œuvre illustrant François d’Assise et ses amis a ceci de particulier. François ne se trouve pas physiquement au centre de l’œuvre, mais bien complètement à gauche. Le mouvement que l’on aperçoit dans le tableau commence de sa tête en s’élargissant dans une forme de demi-cercle jusque de l’autre côté de la murale. Par ce mouvement, le regard revient toujours sur François. De cette façon, on est donc amené à percevoir ce personnage comme étant le sujet principal de cette pièce imposante (15 pieds par 10 pieds).

« Un des aspects le plus important de ce tableau de Lorraine, c’est l’interrelation entre le monde de Dieu (les anges), l’humain (les frères) et la création (les arbres, les fleurs, etc.). En d’autres mots, Dieu ne fait qu’un avec sa création, tout est interrelié, sans distinction. »

Le père Donald et les franciscains sont enchantés par l’installation de la murale au sein du Collège. Heureux de pouvoir facilement admirer la réalisation de leur grande amie et également partager ce bonheur avec leurs amis et les étudiants.

 

Le père MacDonald (à gauche portant un foulard) venu admirer la murale de Lorraine Malach, à la bibliothèque du Newman Theological College, à Edmonton.

Esprit franciscain

Admiratif devant son travail et sa personnalité à la fois humble et simple, le père Don parle de son amie Lorraine avec beaucoup d’affection. Femme de conviction, elle ne travaillait pas contre rémunération. Elle créait des pièces complexes dans le dénuement.

Manquant même régulièrement de matière première pour exécuter ses réalisations, elle faisait souvent appel à des donateurs.

Le frère Don raconte. « Alors qu’elle manquait d’argile pour compléter une sculpture, elle a écrit une lettre à un bienfaiteur, convaincue que c’est ce que Dieu voulait qu’elle fasse. Au moment de sortir poster la lettre, elle trouva un sac d’argile sur le porche. »

Il poursuit avec une autre anecdote, comme pour appuyer la première. « Elle n’avait pas de four pour cuire l’argile, elle devait se rabattre sur le four qu’une bibliothèque louait aux artistes. Cette location ayant un coût qu’elle ne pouvait pas toujours débourser, elle se retrouvait souvent dans une impasse. Un jour qu’elle n’avait pas ce qu’il fallait pour payer l’utilisation du four, elle a reçu un appel de la bibliothèque lui expliquant qu’elle pouvait maintenant l’utiliser gratuitement. »

« Par ces diverses manifestations, elle voyait là un signe que Dieu voulait qu’elle poursuive son travail de la même manière. » Désintéressée de toutes considérations pécunières.

Une fois officiellement retraité, on imagine très bien le père Don déambuler dans un parc d’Edmonton, réfléchissant à des considérations théologiques bien pointues et toutes simples à la fois. On l’imagine heureux d’avoir aidé ses étudiants, filles et garçons, à faire grandir leur foi. Et à la fois triste de devoir passer à autre chose. Bien sûr, il se promet de retourner au Newman Theological College de temps en temps. Gageons qu’il ne se fera pas prier pour flâner du côté de la bibliothèque.

 

Julie-Isabelle Baribeau