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Pandémie et Laudato Si: une vision prophétique

Pandémie et Laudato Si: une vision prophétique

 

Le pape François a publié sa Lettre Encyclique Laudato Si en mai 2015. Nous soulignerons le cinquième anniversaire de la publication de Laudato Si en offrant, par ce texte, un éclairage intéressant sur ce que nous vivons. La Lettre Encyclique du pape ne présente pas une explication de l’origine de la pandémie du COVID-19. Elle offre une perspective plus large sur notre relation avec la création. Les pandémies font partie de l’histoire humaine et nous ne pouvons prétendre les expliquer par un seul facteur.

Cependant, les enseignements du pape sur la sauvegarde de la maison commune sont toujours d’actualité d’autant plus avec la pandémie du COVID-19 qui sévit présentement dans le monde, car sœur Terre « crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle ». On pourrait même dire qu’il s’agit d’une vision prophétique.

À l’instar du pape, de nombreux scientifiques ont interpellé l’humanité quant aux conséquences graves de la destruction des écosystèmes, des milieux naturels et de l’environnement en général. En plus, les changements climatiques causés par les humains viennent complètement perturber la nature provoquant des inondations, des sécheresses, des feux de forêts, la fonte des glaces, etc. Le pape François nous avait averti que si nous ne changions pas nos habitudes de vie, cette hécatombe contre la création reviendrait contre nous un jour ou l’autre. Ce jour semble arrivé sous la forme d’une pandémie mortelle et incontrôlable.

Que disent les scientifiques ?

Comment se fait-il que l’on en soit arrivé là ? Il s’est publié depuis un certain temps des explications sur la provenance de cette pandémie. Des théories farfelues ont circulé un peu partout sur Internet. Je ne retiens ici que les explications des scientifiques. Dans un article fort intéressant publié dans Le Devoir (La destruction de la nature, une source de pandémie, Alexandre Shields, 28 mars 2020), le virus aurait probablement été transmis d’un animal à un humain. « Cette chaîne de transmission de l’animal à l’humain n’étonne pas les scientifiques, écrit le journaliste, qui ont déjà fait le même type de rapprochement avec d’autres virus. Ils ont été nombreux cette semaine à insister sur les liens qui existent entre la destruction des milieux naturels (déforestation, agriculture intensive, urbanisation, etc.), la commercialisation des espèces sauvages et la propagation à grande échelle de virus comme celui de la COVID-19.

L’avertissement d’une biologiste à ce sujet est clair : « Il est essentiel de laisser les animaux sauvages dans leur environnement naturel. Certains sont les réservoirs d’organismes pathogènes auxquels nous, humains, sommes sensibles. Normalement ces animaux, dans leur écosystème, ne doivent pas rencontrer l’être humain. En détruisant leur habitat, en les manipulant, en les consommant, donc en les ramenant à notre contact, nous créons nous-mêmes les conditions favorables aux crises sanitaires », résume la biologiste Sheryl Fink, du Fonds international pour la protection des animaux.

Cécile Aenishaenslin, professeure en épidémiologie à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal affirme que « Notre mode de vie et notre vision du développement favorisent la propagation de ces virus. Si on détruit des habitats naturels, les populations animales vont devoir se déplacer. Elles seront plus stressées et plus à même d’être infectées et d’excréter les virus. Elles vont également croiser l’humain plus fréquemment, mais aussi d’autres espèces qui peuvent devenir des intermédiaires de transmission. » Elle ajoute : « On met beaucoup d’énergie actuellement pour faire face à la crise. C’est important. Mais il faudra aussi travailler à améliorer notre rapport à la nature, afin de rétablir un certain équilibre. Il faut se demander comment on l’exploite, mais aussi les populations animales, dans le but de réduire les pressions sur les écosystèmes, et donc ralentir la fréquence des événements comme celui qu’on connaît actuellement ».

Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, a écrit dans Le Monde (29 mars 2020) une lettre qui dénonce le comportement des humains face aux animaux et à la nature : « La pandémie actuelle posera la question du contrat social entre nous autres humains. Elle demandera aussi que nous (re)définissions un contrat naturel et social entre l’homme et la nature. »

M. Thiaw est formel : « Nos modes de vie, nos modes de consommation, nos systèmes de production très intensifs dans la sollicitation de l’eau, de la terre, de l’air et de l’énergie conduisent à une mutation des sociétés. L’accumulation et la répétition (quotidienne) de nos petites habitudes, parfois anodines, portées à l’échelle de la population mondiale ont un impact non négligeable sur la planète et sur l’utilisation des ressources. »

Il ajoute : « N’oublions pas que la dégradation des terres a aussi ses conséquences sur la santé humaine : pollution de l’eau, prolifération de maladies hydriques, vents de sable (pollution de l’air) et sécheresses (méningites). À l’échelle mondiale, seulement 25 % de la surface terrestre est proche de son état naturel. D’ici à 2050, cette proportion sera de l’ordre de 10 % si nous ne changeons pas notre approche. »

Que dit le pape ?

Le pape François s’inquiète lui aussi, comme les scientifiques, de l’attitude des humains par rapport à la création dans sa Lettre encyclique Laudato Si. Il cite la préoccupation du bienheureux Pape Paul VI sur cette question : « Par une exploitation inconsidérée de la nature [l’être humain] risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation ».

Le pape mentionne également l’apport du Patriarche Bartholomée qui nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui « signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer ».

Le Saint-Père croit que nous devons repenser notre relation avec la nature et le monde qui nous entoure. Cela doit se baser sur une interaction respectueuse où l’on ne se situe plus comme un exploiteur, un dominateur et un consommateur mais plutôt comme un admirateur de la création qui se sent lié à tout ce qui existe. De cette manière, nous ne pourrons plus faire autrement que de respecter toute la création. Prenant exemple sur

saint François d’Assise, le pape François propose un retour à ses enseignements : « La pauvreté et l’austérité de saint François n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination. »

La perte de biodiversité et la détérioration de l’environnement affectent particulièrement les plus faibles de la planète nous rappelle le pape. Cette idée que la destruction de la nature ébranle non seulement tous les êtres vivants des écosystèmes mais aussi les humains partout sur la planète se résume en une phrase choc de Laudato Si : Tout est lié ! Et le pape François ajoute que « comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature. »

Un appel urgent du pape

C’est ainsi que les propos des scientifiques et du pape se rejoignent quant aux causes et aux effets de la destruction de l’environnement par les humains. Ils ont été prophétiques puisqu’ils avaient alerté les dirigeants des gouvernements et leurs populations à travers le monde du danger de la détérioration de l’environnement. Tout est lié, la pandémie du coronavirus nous le rappelle d’une manière brutale.

L’humanité a maintenant un grand défi : ne pas oublier les leçons de cette pandémie. C’est pourquoi nous désirons faire nôtre cette invitation nécessaire et indispensable pour l’humanité du pape François : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. »

 

Richard Chartier, directeur

Bureau des Missions des Franciscains