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Ordo Fratrum Minorum

C’est un drôle de monde

C’est un drôle de monde

Extrait tiré de Men in Brown écrit par le père Walter Bédard, à propos d’un prêtre franciscain, le père Anthony, alors qu’il parle d’une journée typique de sa vie et raconte des histoires courtes à partir de ses réflexions et de ses souvenirs. Le livret a été publié par The Friary Press à Montréal en 1940.

 

Le père Anthony préparait l’instruction hebdomadaire des frères laïcs quand le courrier est arrivé. Il posa de côté sa plume et ouvrit la première lettre.

Révérend Père,

Je pense que vous-même, cher Père, avez souvent fait remarquer que « c’est un drôle de monde. » Puis-je simplement suggérer un petit incident à la suite de cette évidence. Un soir, l’hiver dernier, je suis venu vous voir pendant quelques instants et pendant que nous parlions, j’ai été frappé par la quantité d’hilarité provenant d’une pièce adjacente. Le crescendo de rire m’a finalement poussé à vous demander quel était le dîner public qui avait lieu ou quel organisme célébrait ainsi, et à mon grand étonnement vous avez répondu que c’était tout simplement la période de récréation, et que les frères laïcs discutaient entre eux comme d’habitude avant d’aller dans la chapelle pour les prières du soir.

Quelques minutes après votre départ, j’ai assisté à un dîner de l’un de nos clubs Rah-rah bien connu composé de businessmen et d’autres qui se réunissent dans le seul but de passer un bon moment et de rire un bon coup.  J’ai regardé autour de moi et j’ai constaté que quelques-uns ici et là étaient en conversation dans des tons graves et avec des expressions tendues sur leurs visages. J’ai entendu des bribes de conversation et j’ai été régalé avec des histoires à propos de la façon dont le marché était sur le point de s’effondrer d’un jour à l’autre et que tout serait dans un joli désordre, ajoutant que la situation mondiale était extrêmement inquiétante et que nous serions bientôt tous à se sauter à la gorge les uns les autres, etc. Pas un visage souriant. Pas un seul vrai rire honnête, senti dans toute la foule. Seulement de l’inquiétude, la tension et la suspicion sombre, morose ou, au mieux, le bonheur feint qui lui est mille fois pire que la misère pure et simple.

Maintenant, voici le point central de ma lettre. Nous, les gens du monde, nous vous regardons les pauvres Franciscains avec votre vie austère, coupés des plaisirs du monde, soumis à toutes les difficultés, et nous vous avons en pitié lorsque vous marchez en rang le long des rues de la ville, alors que tout ce temps vous devez rire dans vos manches. Or si vous ne l’êtes pas, vous avez le droit de rire. Pendant un certain temps, nous pensons que nous vivons nous-mêmes une crise, que nous réussissions simplement à nous en sortir, tandis que vous, libérés de tout souci et de tous vos efforts et voués au service des autres, vous êtes vraiment ceux qui s’amusent bien.  Et pourtant, quand un garçon quitte le monde pour rejoindre les franciscains, nous roulons les yeux vers le ciel, et nous pensons : «Oh le pauvre, pauvre garçon! Dans quoi est-ce qu’il s’embarque ? »

C’est un monde drôle, n’est-ce pas, Père ?

D.A. McD.

Le père Anthony posa la lettre à côté de sa pile de notes manuscrites. Un fait étrange et drôle, songea-t-il, que les gens ne peuvent pas vraiment croire les vérités tant qu’ils ne les ont pas vécues. Une personne ne peut pas pleinement s’en rendre compte, tant qu’elle ne l’a pas vécue elle-même, que le Sauveur avertie : « Si un homme vient après Moi, qu’il se refuse et qu’il prenne sa croix tous les jours et me suive » se réfère à cette même vie de renoncement pour lui-même lorsqu’il fait en toute connaissance un appel à ceux épuisés :  « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé, et mon fardeau, léger. »