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Marc Chagall: La colombe de Noé

Marc Chagall: La colombe de Noé

 

Le 19 septembre 1963, Sarah, la fille de Sir Henry et Lady d’Avigdor-Goldsmid, propriétaire de Somerhill House, se noie dans un accident de navigation au large de Rye, dans l’East Sussex, en Angleterre. À sa mémoire, le couple demande à l’artiste Français-Russe Marc Chagall de concevoir un vitrail pour l’église La Toussaint de Tudeley. Il a été installé en 1967. Lorsque Chagall arrive pour la dédicace de la fenêtre en 1967 et voit l’église pour la première fois, il s’écrie : « C’est magnifique! Je les ferai toutes! ». Au cours des dix années suivantes, Chagall conçoit les onze fenêtres restantes réalisées à nouveau en collaboration avec le verrier Charles Marq dans son atelier de Reims, dans le nord de la France. Les dernières fenêtres ont été installées en 1985, juste avant la mort de Chagall.

Dans la culture chrétienne occidentale, la colombe est l’icône traditionnelle de la paix. Celle-ci est l’héritage du récit biblique de l’arche de Noé. Au moment de la fin du déluge, Noé envoie de l’arche une colombe qui revient à son bateau avec un rameau d’olivier, ce qui veut dire que les eaux se sont retirées et qu’une humanité nouvelle peut surgir. Le déluge est l’événement purificateur qui permet la fin d’un cycle et le début d’une humanité nouvelle.

Seul Noé est appelé «juste» (Gn 7,1) mais, comme Adam, il représente tous les siens et les sauve avec lui (Gn 7, 1. 7.13.). Par cette élection gratuite, Dieu se réserve un petit reste, les rescapés qui seront la souche d’un peuple nouveau. Si le cœur de l’homme sauvé est encore enclin au péché, Dieu se déclare désormais patient : sa miséricorde s’oppose au châtiment purement vindicatif et ouvre la voie à la conversion (Gn 8, 15-22). Le jugement par les eaux aboutit ainsi à une alliance qui assure la fidélité de Dieu à l’humanité entière en même temps qu’à la famille de Noé (Gn 9,1-17).

Lorsque la terre est enfin sèche, Dieu dit à Noé de faire sortir tous les animaux et leur enjoint de se multiplier à nouveau sur la surface de la terre. Dieu fait alors alliance avec Noé et ses fils, leur donne pour nourriture tout animal ou végétal, condamne le meurtre, et leur ordonne d’être féconds. Puis il promet qu’il n’y aura plus de déluge et désigne l’arc-en-ciel comme rappel du déluge et en signe d’alliance entre lui et la terre.

La première action de Noé revenu sur terre est d’offrir un sacrifice d’action de grâce qui plaît au Seigneur. Le devenir de la terre est clairement dissocié des actes des hommes, à la différence des récits précédents où le péché d’Adam et Ève, puis le crime de Caïn entraînaient la malédiction de la terre : « Je ne maudirai plus jamais le sol à cause de l’homme. Les pensées de son cœur sont mauvaises dès sa jeunesse; mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. Tant que la terre durera, semailles et moissons, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront jamais» (Gn 8, 20-22).

Les vitraux de l’église s’inspirent, dit Chagall, des paroles du Psaume 8, et en particulier les versets 4-8: « Quand je contemple le ciel que tes doigts ont façonné, les étoiles et la lune que tes mains ont disposées, je me dis : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu en prennes soin et qu’est-ce qu’un être humain pour qu’à lui tu t’intéresses? Pourtant, tu l’as fait de peu inférieur à Dieu tu l’as couronné d’honneur et de gloire. Tu lui donnes de régner sur les œuvres de tes mains. Tu as tout mis sous ses pieds: tout bétail, gros ou petit, et les animaux sauvages, tous les oiseaux dans les airs et les poissons de la mer, tous les êtres qui parcourent les sentiers des océans. Eternel, notre Seigneur, que ta gloire est admirable sur la terre tout  entière. »