Holy Spirit Province Saint-Esprit
Franciscans of CanadaFranciscains du Canada

Ordo Fratrum Minorum

Évangéliser dans un monde scientifique

Évangéliser dans un monde scientifique

 

Au cours des dix-huit derniers mois, la science a été évoquée quotidiennement alors que nous réagissions à une crise mondiale déclenchée par un virus. Mais en tant qu’hommes et femmes de foi, nous voulons plus que la science pendant une crise. Il y a toujours plus que ce que la science peut appréhender. Nous voulons avoir confiance en la science, mais ce que nous entendons par confiance est bien plus que la simple précision technique. Nous espérons que cette utilisation de la science nous conduira vers une vie meilleure. Nous voulons comprendre pourquoi il est bon d’agir de cette manière. Il n’est pas évident de savoir comment la science s’intègre dans une vie bien vécue. Et pour ce qui est de la vie bien vécue, saint François est notre guide. Il n’est pas évident pour nous d’arriver à comprendre la science et de lui donner un sens pour qu’elle fasse partie du pouvoir de guérison du Christ.

Donner un sens à la science incombe principalement aux scientifiques, mais pour bien le faire, ceux-ci doivent comprendre leur foi. Une organisation est prête pour mener à bien cette tâche : la Society of Catholic Scientists. Elle a été fondée il y a cinq ans, et j’en fais partie depuis sa création. La plupart de ses membres sont des scientifiques qui travaillent dans les milieux universitaire ou industriel, et qui possèdent un doctorat ou étudient pour en obtenir un. Ils forment une société professionnelle de scientifiques qui sont aussi des catholiques pratiquants. Ils cherchent à harmoniser leur vie professionnelle et leur vie de catholiques baptisés.

La création d’une telle société n’était pas évidente et il y a vingt ans seulement, peu de gens auraient appuyé cette idée. Elle aurait semblé totalement inutile. La foi nous donne une appréciation particulière de la vie et de la personne humaine, mais elle ne néglige aucune question scientifique. Il n’existe aucune question que les chrétiens n’ont pas le droit de poser ni aucune hypothèse qui ne puisse être envisagée. Dieu étant le créateur de tout, les chrétiens ne doivent pas avoir peur d’un conflit entre la foi et la science. S’il semble y en avoir un, c’est qu’il s’agit soit d’une mauvaise science, soit d’une mauvaise théologie. Notre foi exige simplement que nous soyons attentifs à la dignité de la création et des créatures pendant la recherche scientifique. Plutôt que d’entraver les études scientifiques, la foi est susceptible de les rendre encore plus utiles, en nous permettant de faire plus volontiers confiance à leurs résultats.

Pendant la pandémie de COVID-19, il a fallu prendre des décisions qui ont changé notre façon de vivre au quotidien. Plus d’une fois, on nous a demandé de suivre la science, souvent d’une manière qui ne nous plaisait pas vraiment. On nous a demandé de faire confiance à la science. Mais bien sûr, le fait de suivre la science et de lui faire confiance s’inscrit dans le contexte plus large de la vie. Et pour donner un sens à sa vie, il faut avoir foi en elle. Par conséquent, quand on suit la science, la foi en fait partie. Soudain, foi et science ne sont plus séparées. Il n’existe pas de science catholique, mais il y a des scientifiques catholiques, et ceux-ci doivent se connaître pour être en mesure de travailler ensemble et de donner un sens à la vie dans une culture scientifique.

Je suis franciscain, et la vision de saint François façonne la manière dont je donne un sens à ma vie et à ma foi, dans un monde compris de manière scientifique. François loue Dieu, il lui rend grâce pour toutes ses créatures, il voit comment toutes les créatures proclament la gloire de Dieu. Il voit la beauté de la création, telle que Dieu l’a voulue, et il reconnaît cette beauté en chaque créature. Il devient un artisan de paix, cherchant la réconciliation entre les gens. Il sait que la mort l’attend, mais celle-ci n’est pas à craindre pour ceux et celles qui meurent en accomplissant la volonté de Dieu, qui est de réconcilier ce qui a été brisé par le péché.

À notre époque, ce qui a été brisé par le péché comprend désormais aussi notre relation avec les créatures naturelles. Les changements climatiques et la disparition de certaines espèces découlent d’une culture scientifico-technologique qui ne prête pas suffisamment attention à la dignité des créatures et de la création. La vision franciscaine consiste à guérir. Mais cette vision ne peut justifier qu’on se retourne contre la science et ses applications technologiques. Personne ne veut revenir au mode de vie préindustriel. Concevoir une meilleure technologie, une technologie qui s’intègre mieux dans l’écosystème de la terre, voilà simplement le prochain défi scientifique. Je n’en doute pas, cela peut être fait, et ce le sera. Mais nous avons besoin de scientifiques et d’ingénieurs qui comprennent la valeur des créatures et de la création, qui ne les considèrent pas seulement comme des ressources, mais bien comme des images et des reflets de Dieu.

Évangéliser aujourd’hui, à l’ère scientifique, c’est étudier la science et sa foi, et rapprocher les deux. Lorsque nous le faisons, nous découvrons la présence de Dieu comme créateur de la bonté et de la beauté des créatures et de la création. Dans ce contexte et avec cette compréhension, les résultats de la science pourront contribuer à la louange de la bonté de Dieu.

 

(Photo par Jeremy Bezanger on Unsplash)