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Frère Thaddée Matura: une vie riche et modeste

Frère Thaddée Matura: une vie riche et modeste

Très érudit, frère Thaddée Matura parle plus de sept langues. Il vient de publier son vingtième ouvrage et a fait l’équivalent de trois fois le tour du monde. Reconnu par ses pairs et les autres communautés religieuses catholiques comme spécialiste des écrits de Saint François, le franciscain de 94 ans reste toutefois accessible.

Frère Thaddée Matura raconte que ses confrères et lui, à l’époque, portaient souvent la bure, priaient jour et nuit et dormaient souvent sur la terre ou sur une paillasse.

S’il demeure modeste, c’est peut-être parce qu’il veut rendre toute la gloire à Dieu et à son serviteur modèle, Saint François. Tout comme lui, il a vécu la simplicité volontaire dans sa plus pure expression. «Pendant la Deuxième Guerre mondiale, je n’ai pas fait mon service militaire; j’avais 16 ans! Même à cet âge, je savais que je voulais être franciscain. Ça répondait à mon besoin de vivre pleinement l’Évangile. Je voulais vivre cette vie-là, bien qu’elle soit austère. Je me sentais riche spirituellement», explique le franciscain de petite constitution.

Frère Thaddée Matura raconte que ses confrères et lui, à l’époque, portaient souvent la bure, priaient jour et nuit et dormaient souvent sur la terre ou sur une paillasse. Ses premières années dans la communauté ont été plutôt «hermétiques», puisqu’il lui a fallu être ordonné prêtre avant de pouvoir revoir les membres de sa famille. «Ça m’a pris huit ans de préparation avant de devenir prêtre!», lance l’homme originaire de Zalesie Wielkie, un petit village polonais.

Après le décès de sa mère en Pologne, frère Thaddée déménage avec son père et sa soeur au Canada. Après avoir vécu quelques mois à Hamilton, en Ontario, il s’installe à Lennoxville près de Sherbrooke, pour ses années de novice comme franciscain. Il entreprend ensuite 5 ans d’études en Europe, à Rome et à Jérusalem.

Influence «dangereuse»

De retour au Québec, l’écrivain et conférencier poursuit son oeuvre dans la communauté et dans l’enseignement. Il partage ses connaissances pendant 10 ans aux jeunes franciscains du couvent de Rosemont, à Montréal, à l’époque de la Révolution tranquille.

«Ça se passait bien avec les étudiants, mais plus ou moins avec les professeurs. Je crois qu’on me voyait comme une menace, même si on ne me l’a pas expliqué de cette manière. On me trouvait trop progressiste; j’étais lié à l’oecuménisme, à des discussions avec des protestants et j’ai connu des hommes politiques comme Claude Ryan et Fernand Dumont», détaille celui qui à qui l’on a montré finalement la porte du Couvent de Rosemont.

Bien qu’il ait vécu une vie modeste, frère Thaddée Matura avoue ne pas avoir été confronté souvent à la pauvreté. «Ça m’est arrivé à l’hôpital Grace Darte (aujourd’hui le Centre de soins prolongés Grace Dart) sur la rue Sherbrooke, où j’ai été témoin de la plus grande misère. J’y ai vu des gens de la rue venir à l’hôpital pour mourir», témoigne-t-il.

Départ providentiel

«J’ai quitté le Québec pour la France après mes années d’enseignement au Couvent de Rosemont. J’avais 42 ans. Ce départ a été providentiel, puisque c’est à ce moment que j’ai commencé à écrire des ouvrages sur François d’Assise», commente le franciscain presque centenaire. Il s’installe pendant quelques années à Taizé (communauté monastique chrétienne oecuménique à Taizé), où il écrit trois ouvrages.

N’ayant pas tiré un trait définitif sur l’enseignement, frère Matura a continué à offrir quelques cours à Lyon. Mais il a consacré essentiellement son temps et son énergie à la rédaction de ses livres et à la vie en communauté franciscaine, au sein d’un petit village touristique français de 250 habitants, en Provence.

«Nous avons côtoyé ces gens vivant simplement, sans être dans la pauvreté. J’ai pu expérimenter une vie franciscaine renouvelée, dans la prière et la communion fraternelle», conclut l’écrivain de renommée mondiale. Comme quoi même le plus grand érudit a besoin de ressentir l’amour de Dieu et de le partager à son entourage. En toute simplicité.

Thaddée Matura en bref

  • Parle six langues: anglais, français, espagnol, allemand, italien et polonais
  • Préparation de huit ans avant d’être ordonné prêtre
  • A collaboré avec l’ensemble de la famille franciscaine, soit les Capucins, les Franciscains conventuels, les Clarisses et les laïcs (Ordre des franciscains séculiers)
  • A voyagé notamment en Nouvelle-Zélande, Colombie, Amérique latine, Russie et en Afrique.
  • A publié une vingtaine d’ouvrages, dont «François d’Assise maître de vie spirituelle», «Le radicalisme évangélique» et «Croire en Dieu pour croire en l’Homme»

«Je voulais vivre cette vie-là, même si elle était austère. On priait jour et nuit et on dormait sur une paillasse.»

– Frère Thaddée Matura