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Ordo Fratrum Minorum

Le Dieu de mon repos

Le Dieu de mon repos

 

Dieu fait partie de mon repos. Bien sûr, quelqu’un qui me connaît bien sait déjà qu’une grande partie de mon travail et de mon ministère traite de Dieu. Ça, je ne peux le nier. Dieu n’est pourtant pas pour moi travail. En fait, la quête spirituelle appartient plus à ce qui me définit profondément qu’à des dimensions plus secondaires de ce que je suis.

La pensée m’est venue quand un de mes amis, un athée, me lançait spontanément : « Tu as une belle vie, toi ! Même pour moi qui ne crois en rien, je dois reconnaître que tu fais des choses que tu aimes, qui te font vivre. Ça t’amène à voyager, à rencontrer des gens intéressants. Même d’un point de vue humain ou matérialiste, ça semble intéressant, ton affaire. » J’ai été un peu surpris. 

Je le regarde avancer dans la vie. Il fait partie de ce groupe de gens où le rejet de l’Église vient automatiquement avec le rejet de Dieu. L’Église dans sa dimension historique et humaine lui pue au nez; impossible donc qu’un Dieu bienveillant soit à l’origine de tout cela.

Puis il y a moi. 

Et ça le fatigue. 

Il ne connaît pas d’autres hommes ou femmes d’Église, donc, il ne sait pas combien la vaste majorité des prêtres sont en fait des bonnes personnes; bien souvent, ils tentent de servir leur prochain dans un monde qui ne leur accorde que mépris. Il ne connaît pas toutes ces merveilleuses religieuses qui, inlassablement, donnent leur temps sans compter, avec une générosité indéfectible. Il ne connaît pas les 7 autres franciscains à Trois-Rivières et les quelques 70 frères de ma province dont je suis fier. 

Pour lui, il n’y a que moi qui met du sable dans l’engrenage de son raisonnement. Je ne suis pas attaché aux richesses ou à l’argent; je ne fais pas de ma vie une constante autopromotion. Je ne suis pas un abuseur d’enfant, ou un prêtre qui mène une double-vie en ayant une maîtresse. Je n’espère pas ni ne cherche à ce l’Église occupe encore et toujours une position de privilège ou d’influence dans la vie politique et sociale. Non, pour moi, plus vite l’Église catholique retrouvera sa position de simplicité et de minorité et mieux ce sera. Elle n’en sera que plus prophétique.

Pour lui, il n’y a que moi qui met du sable dans l’engrenage de sa perception. 

S’il savait que sa perception n’est que le produit d’une minorité. C’est vrai qu’il y a eu des prêtres abuseurs. Mais pour un seul d’entre eux, j’en connais au moins dix qui n’ont rien fait de répréhensible et qui sont pourtant ostracisés. Évidemment qu’il y a eu des religieuses qui n’étaient pas à leur place et qui ont été trop sévères ou mal avisées. Mais pour une seule d’entre elles, j’en connais au moins une vingtaine qui vieillissent dans l’oubli et la non-reconnaissance. Après 50 ans de service ici ou là, elles n’ont même pas droit à un merci. 

Et puis, moi aussi j’en ai fait des erreurs. Mon parcours est loin d’être parfait. Pour chaque personne qui s’enthousiasme à ma prédication, j’en connais d’autres qui me fuient. Il y a des gens que j’ai blessés par maladresse, par inattention. Par faiblesse. Pour eux, je suis tout sauf un reflet de la bonté de Dieu. Je peux être aidant pour certains et nuisant pour d’autres. Je ne me fais aucune illusion à ce chapitre. 

Je prie juste Dieu que la liste de ceux pour qui je serais un obstacle ne soit pas trop longue; ou que les dommages pourraient être réparés un jour ou l’autre. En bout de ligne, Dieu n’est pas seulement celui dont je témoigne par ce que je fais. Ce serait trop pauvre. 

Dieu fait partie de mon repos, de ma dignité, de ce que je suis. Enlever Dieu de ma vie, c’est enlever ce qu’il y a de plus vrai, de plus lumineux, de plus inspirant pour moi. Au cœur de ce qui m’est le plus cher, se trouve la rencontre de Dieu. Quand je marche dans les bois, ou sur une colline, quand j’ai les deux pieds dans l’eau — en train de pêcher — un jour de congé, je retrouve le lieu de cette rencontre qui a transformé ma vie.

Quand je vois la manière dont mon ami athée mène sa vie, son sens de la justice et de la dignité humaine, je ne peux m’empêcher de lui lancer avec un sourire :  « Dommage que tu n’aies jamais rencontré Dieu. Tu l’aimerais ! »