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Pastorale universitaire suspendue

Pastorale universitaire suspendue

 

Il y a quelque chose de très particulier dans le fait de travailler en pastorale universitaire. Chaque année, à l’automne, il faut recommencer à zéro. Les étudiants sur lesquels on comptait le plus pour appuyer les différents programmes ont probablement obtenu leur diplôme et ne sont plus là. Les nouveaux étudiants doivent être accueillis et intégrés dans la communauté de ceux qui sont là depuis quelques années seulement et qui continuent d’apprendre à se connaître. C’est toujours seulement pour une année, avec un début précis et une fin qui n’est jamais bien loin. Lorsque tout le monde repart, habituellement un peu après Pâques, on ne peut qu’espérer qu’ils aient reçu quelque chose qui aura pour eux une valeur durable. Il se peut qu’on ne les revoie plus, et c’est ainsi que cela doit se passer. La pastorale universitaire, c’est une pastorale auprès de gens de passage.

Cette pastorale se vit dans un environnement très dynamique, dans lequel les habitudes doivent être établies à nouveau chaque année. Cela rend encore plus importantes les choses qui demeurent constantes. L’année est clairement structurée par les temps de l’année liturgique, l’Avent et Noël marquant la fin de la première moitié, et le Carême et Pâques, la seconde moitié. Même si la communauté change d’année en année, l’expérience de chaque année universitaire comporte une unité et une permanence.

À l’exception de cette année! Lorsque j’ai ouvert mon courriel, le 12 mars, et lu qu’il n’y aurait plus de messe dominicale dans un avenir prévisible, je n’en croyais pas mes yeux. Cela ne s’était jamais produit auparavant. Comment pouvions-nous nous arrêter ainsi, sans avoir célébré Pâques ensemble? Le lendemain, l’université a annulé les cours, d’abord pour une journée, le temps d’évaluer la situation, puis pour le reste de l’année universitaire. Nous avons célébré une autre messe au Centre Newman, puis chacun, chacune a repris son chemin vers l’inconnu. Nous allions nous préparer pour Pâques et terminer l’année universitaire sans nous réunir à nouveau comme communauté dans la prière et la liturgie. Je peux seulement prier afin que ce que nous avons transmis aux étudiants et aux étudiantes soit suffisant pour leur permettre de donner un sens à ce défi dans leur vie.

À peine quelques jours auparavant, j’avais soumis l’un de mes rapports périodiques sur mon ministère. Nous faisons beaucoup de choses, mais j’avais souligné l’importance de nos célébrations liturgiques régulières : la messe quotidienne, avec une poignée d’étudiants dans la chapelle, et la messe dominicale, avec un groupe plus nombreux dans notre salle principale. Cela crée un point d’ancrage, une expérience de paix et de réflexion dans la vie de nos étudiants. Cela leur donne une expérience de communauté, dans la prière et la célébration. En particulier de nos jours, à une époque où les étudiants catholiques d’une grande université de recherche ont souvent l’impression de ne pas réussir à s’intégrer à la culture séculière, il est très important de leur permettre de vivre cette expérience. Pendant une demi-heure en semaine et une heure le dimanche, ils découvrent que tout va bien entre la foi et la raison. J’ai hâte de le faire à nouveau, surtout maintenant que je sais à quel point cela est important.

Ne pas célébrer Pâques avec les étudiants que j’ai appris à connaître au cours des huit derniers mois constitue un deuil important, même si j’ai la consolation de rester en contact avec au moins certains d’entre eux, grâce à des rencontres en ligne. Il faut cependant considérer la situation dans son ensemble. Voilà la Pâque que nous sommes maintenant censés célébrer. Elle s’inscrit effectivement dans notre époque. Nous sommes renvoyés à l’expérience essentielle de notre foi en tant qu’individu, en tant que personne unique devant Dieu, en tant que personne unique en relation avec Jésus Christ, dans un monde qui l’a rejeté. Sa résurrection à une vie nouvelle a eu lieu dans la solitude du tombeau, et sa première rencontre a été avec Marie-Madeleine, qui pleurait, seule, à l’extérieur du tombeau vide. Célébrer Pâques dans la solitude monastique me rappelle que, si nous sommes tous unis dans notre foi en tant que communauté, cela commence par mon expérience personnelle et individuelle du Christ ressuscité.

Cette expérience de confinement à la maison et la suspension des grandes célébrations publiques prendront fin. Il s’agit très probablement de la seule fête de Pâques que nous vivrons de cette façon. Nous nous retrouverons dans nos chapelles, nos églises et tous les autres lieux où nous nous réunissons pour prier ensemble. Nous célébrerons à nouveau Pâques comme nous l’avons fait dans le passé. Célébrons donc cette fête de Pâques comme un cadeau spécial, comme l’occasion de nous rappeler que le Christ aime chacun, chacune de nous, individuellement. Il nous invite à être avec lui, particulièrement lorsque nous sommes seuls.