Aldin Francis Canobas, OFM
Le 29 août 2026, je me tenais à l’entrée de l’église de la paroisse St. Mary’s, à Cochrane, en Alberta, pour accueillir les personnes venues être témoins de l’un des moments les plus marquants de ma vie : ma profession solennelle comme frère mineur. Alors que j’accueillais ma famille, mes frères et sœurs franciscains, mes amis, des prêtres, des religieux et des religieuses, ainsi que toutes ces personnes qui m’avaient accompagné au fil des années, les larmes se sont mises à couler.

Chaque visage familier ravivait des souvenirs. Je me suis surpris à repenser aux nombreuses rencontres par lesquelles Dieu m’avait peu à peu conduit jusqu’à ce moment. Ma vocation n’a pas commencé par une révélation spectaculaire. Elle s’est plutôt déployée au fil des rencontres, des relations, de la prière, du service, de la fraternité et de la mission. Parmi les rencontres les plus marquantes figurent celles qui m’ont fait découvrir la famille franciscaine — d’abord les franciscains séculiers, puis les frères franciscains.
Une rencontre avec la famille franciscaine
Bien avant que je ne devienne frère, Dieu m’a fait découvrir la vie franciscaine par l’intermédiaire de l’Ordre franciscain séculier. J’ai rencontré Dennis Grady, OFS, et fait la connaissance de Francis and Friends (« François et ses amis »), un groupe qui se consacre à l’accompagnement de personnes aux prises avec une dépendance à l’alcool. Ce qui m’a frappé, ce n’était pas simplement ce qu’ils faisaient, mais leur manière d’être présents auprès des gens : les rejoindre là où ils en étaient, cheminer à leurs côtés et reconnaître leur dignité, même dans les moments de vulnérabilité et de lutte.
À l’époque, je travaillais comme infirmier autorisé et je développais un intérêt tout particulier pour la santé mentale et les dépendances. Mon travail dans le domaine de la santé m’avait déjà appris l’importance de la présence, de la compassion et de l’accompagnement. Grâce à ma rencontre avec les franciscains séculiers, j’ai commencé à découvrir à quel point ces valeurs rejoignaient la spiritualité de saint François. J’apprenais que l’amour doit prendre chair, que la compassion doit devenir présence et que la miséricorde doit devenir rencontre.

J’ai eu la grâce de me joindre à Dennis et à son équipe pour une mission musicale de deux semaines en République dominicaine. La musique avait toujours occupé une place importante dans ma vie et mon ministère, mais cette expérience réunissait d’une manière nouvelle la musique, la mission, le service, la communauté et la spiritualité franciscaine. Quelque chose dans la simplicité et la joie du charisme franciscain commençait à toucher profondément mon cœur. Je n’aurais alors pas pu imaginer qu’un jour je ferais profession de suivre la Règle et la vie des Frères mineurs, mais, avec le recul, je vois que Dieu ouvrait déjà une porte.
Une autre rencontre importante a eu lieu à One Rock (« L’unique Roc »), un festival catholique pour les familles, durant lequel j’ai rencontré les frères franciscains du centre de retraite spirituelle Mount St. Francis. Jusque-là, mon expérience de la spiritualité franciscaine s’était surtout vécue auprès des franciscains séculiers. La rencontre avec les frères m’a permis de découvrir une autre expression de cette même famille franciscaine.
J’ai commencé à me rendre à Mount St. Francis et faire connaissance avec les frères. J’y ai découvert la fraternité, non pas simplement comme un idéal, mais comme une manière de vivre : des frères qui priaient ensemble, prenaient leurs repas ensemble, servaient ensemble, riaient ensemble et apprenaient sans cesse à suivre le Christ ensemble. Il y avait dans la vie franciscaine une humanité et une simplicité qui m’attiraient. Les paroles de saint François dans son testament, « Le Seigneur m’a donné des frères », prenaient peu à peu un sens plus personnel. Je commençais à me demander si le Seigneur ne me donnait pas, à moi aussi, des frères — et s’il ne m’invitait pas à devenir un frère pour les autres.
L’appel se fait plus fort
En 2019, j’ai quitté ma profession d’infirmier pour servir à temps plein comme missionnaire laïc et agent de pastorale au sein de Couples for Christ (« Couples pour le Christ »). Au cours de cette année-là, particulièrement pendant ma mission en Colombie-Britannique, le désir de la vie franciscaine ne s’est pas estompé. Au contraire, il s’est intensifié. La mission m’a appris la joie de me laisser être envoyer. Elle m’a aussi appris que la vocation ne consiste pas, au fond, à construire la vie que je souhaite pour moi-même, mais à me rendre disponible à la vie que Dieu m’invite à accueillir.

En 2020, je suis officiellement entré dans l’Ordre des Frères mineurs. Ont suivi des années de formation, de fraternité, de ministère, d’études, de prière, de défis, de joie, de croissance et de conversion. En chemin, j’ai découvert qu’une vocation franciscaine n’est pas quelque chose que l’on « comprend » une fois pour toutes. Elle est une réponse quotidienne au Christ et une invitation continuelle à la conversion.
Au fil des années, j’ai aussi compris que je n’étais pas simplement entré dans une communauté religieuse : j’étais entré dans une famille. « Le Seigneur m’a donné des frères » fait désormais partie de ma propre histoire. Le Seigneur m’a donné des frères qui m’ont accueilli, qui m’ont formé, qui m’ont poussé à grandir, qui ont prié et ri avec moi, et qui m’ont accompagné dans les moments de joie comme dans les difficultés.
Mais ma famille franciscaine ne se limite pas aux frères. Mon cheminement a été profondément marqué, dès ses débuts, par les franciscains séculiers qui m’ont permis de découvrir le charisme de François avant même que je ne porte l’habit. En chemin, j’ai rencontré des clarisses, des franciscains séculiers, des religieuses et des religieux, ainsi que d’innombrables personnes inspirées par François et Claire. Grâce à eux, j’ai pris davantage conscience de la richesse que représente l’appartenance à une famille franciscaine bien plus vaste que ma propre branche de l’Ordre.
De la rencontre à un oui pour la vie
Le 29 août, entouré de nombreuses personnes qui m’avaient accompagné tout au long de mon cheminement, j’ai prononcé mes vœux solennels. Devant Dieu et l’Église, j’ai fait vœu de consacrer ma vie à « vivre l’Évangile de notre Seigneur Jésus Christ » sur les pas de saint François, dans l’obéissance, la chasteté et une vie sans rien en propre.

C’était mon oui, mais ce oui porte en lui d’innombrables autres oui : ceux des franciscains séculiers qui m’ont d’abord accueilli et initié à la spiritualité franciscaine ; ceux des frères qui m’ont ouvert les portes de leur fraternité et permis de découvrir la vie franciscaine de l’intérieur ; ceux de mes formateurs et de mes frères qui m’ont patiemment accompagné ; et celui de toute la famille franciscaine, qui continue de me rappeler que je ne chemine jamais seul dans cette vocation.
Ma profession solennelle n’était donc pas simplement l’aboutissement de plusieurs années de discernement. Elle était aussi, pour moi, une célébration de ce que Dieu peut accomplir à travers les rencontres. Une rencontre peut en susciter une autre. Une invitation peut ouvrir une porte. Le oui fidèle d’une personne peut éveiller la vocation d’une autre.
J’en ai moi-même fait l’expérience. Aujourd’hui, comme frère mineur ayant prononcé ses vœux solennels, je prie pour que ma propre vie devienne, elle aussi, une rencontre à travers laquelle quelqu’un puisse faire l’expérience de la bonté de Dieu et peut-être entendre plus clairement l’appel du Seigneur dans sa propre vie.
En repensant au chemin qui m’a conduit jusqu’au 29 août, je ne peux qu’exprimer ma gratitude. Le Seigneur m’a fait rencontrer François. Le Seigneur m’a donné des frères. Le Seigneur m’a donné une famille franciscaine. Et, à travers les oui fidèles de tant de personnes rencontrées en chemin, le Seigneur m’a donné la grâce d’offrir mon propre oui — pour la vie.
Loué soit Dieu ! Pax et Bonum
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