Michael Perras, OFM
Beaucoup d’entre nous ne pensent probablement pas à leur mort au quotidien. En réalité, beaucoup d’entre nous évitent même la conversation. Pourtant, il est bon de considérer « Sœur Mort », comme disait François, et de réfléchir à ce qui serait véritablement une bénédiction « à l’heure de la mort ». Considérer notre sœur la mort signifie ouvrir notre cœur à la confiance en Dieu, à la miséricorde, à la compassion et à la vie nouvelle que Dieu seul peut offrir. Méditer sur les bénédictions de l’heure où nous prendrons notre dernier souffle signifie très probablement penser à certaines personnes.
Quand François était mourant, à la veille du 3 octobre 1226, il désirait la présence de ses frères, ceux qui avaient été avec lui depuis le début. Il désirait aussi la compagnie de Dame Jacoba (voir l’article de Vincent) et de sa sœur Claire. Il demandait à ses frères de lui chanter le Cantique des créatures. Il demandait à Dame Jacoba d’apporter des biscuits. De Claire, il désirait la prière, la proximité, la vision et l’amitié constante. Claire lui offrit tout cela. Elle fut présente pour lui dans sa vie et dans sa mort. Elle ne l’oublia pas lorsqu’il fut déposé dans la tombe ; au contraire, elle devint une ancre pour la famille franciscaine.
Je pense à sainte Claire lorsque nous célébrons le transitus de saint François. Je pense à son courage, plus tôt dans leur histoire, de tout laisser derrière elle et d’établir un nouveau mode de vie. Je pense à la façon dont elle faisait confiance, certes en Dieu, mais aussi en François et en sa vision de la vie évangélique. Je pense à sa compassion envers François. Je crois qu’elle l’aidait à garder les pieds sur terre lorsqu’il était perdu dans ses émotions et ses incertitudes, lui rappelant sa vision dans le Christ. Je pense à la manière dont, après sa mort, elle persévéra dans son rôle de guide, voyant sa règle de vie approuvée juste avant sa propre rencontre avec sœur la mort. Je pense à son amitié avec François, comment « au lieu de se regarder l’un l’autre, Claire et François regardaient dans la même direction… Jésus, pauvre, humilié et crucifié » (Raniero Cantalamessa, O.F.M. Cap.). Regarder le Christ pauvre, humilié et crucifié, c’est contempler l’amour et la profondeur de la relation.
En pensant à sainte Claire en la fête de saint François, je songe à ceux et celles de ma vie qui continuent d’être présents. Ces compagnons qui ne me regardent pas, mais qui regardent avec moi dans la même direction : vers notre demeure finale, avec espérance. Ces compagnons qui n’ont pas peur d’aborder les conversations difficiles et offrent malgré tout de la compassion. Ces compagnons qui, comme Claire pour François, connaissent mon cœur ; ses blessures et son espérance. Chaque année, lorsque nous marquons le passage de François de ce monde à l’autre, je me rappelle qu’un jour, ce sera à mon tour. J’ai confiance, comme François, d’avoir alors quelqu’un comme Claire à mes côtés, qui me murmure : « Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? » (1 Co 15,55).
Frère Michael Perras, OFM, est directeur des vocations et directeur de la formation initiale pour les Franciscains du Canada. Il a servi au sein de l’équipe de retraités au Mount St. Francis et fait actuellement partie du Conseil provincial.