Gabriel Lacerte, OFM
Du 18 au 24 mai 2026, le Bureau de la Justice, de la Paix et de l’Intégrité de la Création (JPIC) de l’Ordre des Frères Mineurs (OFM), en collaboration avec l’Université pontificale Antonianum à Rome, a organisé le Cours international JPIC 2026 sous le thème : « Du Cantique des créatures au mystère Pascal de saint François d’Assise ».

Le cours s’est déroulé dans le contexte où la Famille franciscaine se prépare à célébrer deux événements importants : la commémoration du Cantique des créatures et la Pâque de notre père saint François. C’est précisément à partir de cette atmosphère de mémoire que le cours a voulu aider les participants à relire la spiritualité franciscaine non pas comme un héritage du passé, mais comme une lumière encore capable d’éclairer les crises profondes du monde d’aujourd’hui.

Le monde moderne se développe rapidement sur les plans scientifique, technique et économique, mais il est en même temps confronté à de nombreuses blessures de plus en plus graves : guerres, injustices sociales, crise environnementale, individualisme, indifférence et vagues migratoires sans précédent dans l’histoire humaine. C’est dans ce contexte que le cours JPIC a posé une question fondamentale : comment les chrétiens, et en particulier les frères franciscains, sont-ils appelés à vivre et à répondre aux souffrances humaines et au cri de la terre aujourd’hui ?
L’un des contenus marquants du cours était la situation des migrants et des réfugiés dans le monde. À travers des données internationales, des analyses et des témoignages concrets, les participants ont été invités à aller au-delà des statistiques pour voir les visages réels de ceux qui ont dû quitter leur pays à cause de la guerre, de la pauvreté, de la violence, de l’instabilité politique et du changement climatique.
Les crises au Soudan, en Palestine, en Ukraine, au Venezuela et dans d’autres régions montrent que l’humanité demeure plongée dans la division et les conflits. Des millions de personnes sont contraintes de vivre dans l’exil, la perte et l’insécurité. Il est frappant de constater que la plupart de ces réfugiés ne sont pas accueillis dans les pays riches, mais vivent dans des pays pauvres ou en développement, proches des zones de guerre. Ils ne manquent pas seulement de nourriture, d’eau ou de soins médicaux, mais souvent aussi de compassion et de la dignité humaine fondamentale.
À travers les enseignements et les témoignages, le cours a rappelé que derrière chaque migrant se trouve toujours une histoire de douleur, une famille brisée, un chemin marqué par la peur et l’espérance. En eux, l’Évangile invite aujourd’hui l’humanité à reconnaître le visage du Christ souffrant. Dans la spiritualité franciscaine, les pauvres et les exclus ne sont pas un fardeau pour la société, mais des frères et des sœurs qui doivent être accueillis avec miséricorde et respect.
En plus de la question migratoire, le cours a également consacré beaucoup de temps à la réflexion sur la guerre et la construction de la paix. Les interventions venues de Terre Sainte et d’autres régions de conflit ont permis aux participants de percevoir plus clairement la fragilité de la paix dans le monde actuel. La guerre ne détruit pas seulement les villes et les pays, elle brise aussi les relations, sème la haine et vole l’avenir de générations entières.
Dans ce contexte, le cours a souligné que la paix ne consiste pas simplement en l’absence de guerre, mais qu’elle est le fruit de la justice, de la vérité, du dialogue et de la fraternité. Une paix véritable ne peut pas être bâtie sur la contrainte ou la violence ; elle doit commencer par la reconnaissance de la dignité de chaque personne.

L’esprit de saint François prend ainsi une importance particulière pour le monde d’aujourd’hui. Dans une société marquée par la compétition, la polarisation et l’exclusion, saint François a choisi la voie de l’humilité, de la réconciliation et de l’amour. Il n’a pas affronté le monde par la puissance, mais par la douceur de l’Évangile. Sa vie simple et son esprit fraternel demeurent encore aujourd’hui une interpellation forte face à l’égoïsme et à l’indifférence de l’être humain moderne.
Le cours a également insisté sur le fait que la paix ne commence pas dans les forums internationaux ni dans les grandes déclarations, mais d’abord dans la vie quotidienne : savoir s’écouter, dialoguer, pardonner et respecter les différences. La paix se construit à partir de gestes simples, mais authentiques, dans la famille, la communauté et la société.
Un autre thème approfondi dans le cours fut la crise écologique et la responsabilité de prendre soin de notre maison commune. À travers le documentaire The Letter et les interventions sur l’écologie intégrale, les participants ont été invités à relire la relation entre l’être humain et la nature à la lumière de l’encyclique Laudato Si’.
Aujourd’hui, la terre porte des blessures graves : pollution de l’environnement, changement climatique, déforestation, épuisement des ressources et modes de consommation irresponsables. Il faut noter que les conséquences les plus lourdes retombent souvent sur les pauvres et sur les peuples les plus vulnérables.
Le cours a aussi reconnu que la crise environnementale n’est pas seulement un problème scientifique ou économique, mais aussi une crise morale et spirituelle. Lorsque l’être humain ne considère la nature que comme un objet à exploiter et à dominer, il perd peu à peu la capacité de vivre en relation harmonieuse avec Dieu, avec les autres et avec lui-même.
Dans la spiritualité franciscaine, la nature n’est pas une réalité inerte, mais un frère, une sœur qui chante avec nous la louange du Créateur. Saint François appelait le soleil, l’eau, le vent, la terre et toutes les créatures ses frères et sœurs. Cette vision n’est pas simplement poétique ; elle exprime une profonde dimension spirituelle : toute créature procède de l’amour de Dieu et possède une valeur en elle-même.
De là, le cours invitait à construire un nouveau style de vie : plus simple, plus sobre et plus responsable à l’égard de la création. De nombreuses expériences concrètes provenant des communautés franciscaines dans le monde montrent que le soin de notre maison commune ne commence pas nécessairement par de grands projets, mais par de petits changements dans la vie quotidienne : économiser, réduire le gaspillage, éduquer à la conscience écologique et vivre plus près des pauvres.

Un point particulièrement profond sur le plan spirituel dans le cours de cette année est le lien établi entre le Cantique des créatures et la Pâque de saint François. À travers les enseignements théologiques sur la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus, le cours a montré que le chemin de saint François ne peut être séparé du mystère pascal du Christ.
Dans le Cantique des créatures, saint François appelle « sœur notre mort corporelle » sa sœur. C’est une vision très particulière et profondément évangélique. Il ne regarde pas la mort avec peur ou désespoir, mais avec confiance en Dieu. Pour saint François, la mort n’est pas la fin, mais la porte d’entrée vers une rencontre intime avec Celui qu’il a aimé toute sa vie.
C’est l’expérience de l’union au Christ crucifié qui a permis à saint François d’aimer les personnes, d’aimer la nature et de vivre pleinement l’esprit de pauvreté, de paix et de liberté intérieure. Sa vie devient un témoignage montrant que ce n’est qu’en revenant à l’Évangile que l’être humain peut retrouver la réconciliation avec Dieu, avec autrui et avec toute la création.
En plus des cours et des discussions, le programme comprenait aussi un pèlerinage à la Portioncule et à la basilique Saint-François d’Assise. Il ne s’agissait pas seulement d’une visite, mais d’une occasion de ressentir de plus près l’esprit du saint d’Assise. Dans le silence et la prière des lieux liés à la vie de saint François, les participants ont été invités à relire leur propre vocation et leur chemin de foi.
Le Cours international JPIC 2026 n’était donc pas seulement académique ; il constituait aussi un appel à la conversion. Dans un monde marqué par l’insécurité et la division, la spiritualité franciscaine continue d’ouvrir un chemin de paix, de fraternité et d’espérance. C’est le chemin de l’écoute, de la miséricorde, du soin des pauvres et de la protection de la création.
Peut-être que le message le plus profond que le cours voulait rappeler est celui-ci : le monde d’aujourd’hui n’a pas seulement besoin de programmes ou de stratégies, mais de personnes capables de vivre l’esprit de l’Évangile avec un cœur simple, pacifique et fraternel, à l’image de saint François.
Gabriel Lacerte, OFM

Frère Gabriel Lacerte est l’animateur de la justice et de la paix pour la province du Saint-Esprit.