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Saint François, la nature et la science moderne

Saint François, la nature et la science moderne

 

En quoi saint François pourrait-il avoir une importance pour les scientifiques? Sa vision religieuse du monde n’est pas ce à quoi les gens s’attendent quand ils entendent parler un scientifique. Toutefois, on y verra souvent quelque chose de similaire. « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle », affirmait Albert Einstein. Mais nous devons être prudents avec ces paroles. Einstein parlait de l’admiration et de l’émerveillement que suscite la vue du système fermé de lois mathématiques abstraites qui est à la base du monde. Or le Dieu personnel, qui est Père, Fils et Esprit Saint, ne s’y trouve nulle part. La personne humaine n’y est pas non plus. Ni la foi en Dieu ni la personne humaine ne se trouvent dans la physique mathématique et les sciences modernes qui s’appuient sur elle.

Le défi de la foi à l’ère scientifique a donné lieu à de nombreux livres, voire à beaucoup trop de livres. On pourrait remplir des bibliothèques entières de livres sur la foi et la science. Quand les gens me demandent ce qu’ils devraient lire sur le sujet, je sais à peine quoi leur répondre. Il y a déjà tellement de choses à lire. Et on y retrouve sensiblement le même message : il n’y a pas d’opposition, la foi et la science s’entendent très bien, il n’est pas nécessaire de privilégier l’une ou l’autre. On peut étudier l’une et l’autre, et ensuite les réunir. Mais si vous connaissez les scolastiques du Moyen Âge, alors vous voyez bien le problème. Ces livres tentent de faire renaître le vieux compromis aristotélicien-thomiste : adoptez le matérialisme scientifique, ajoutez-y des âmes, et cela devrait faire disparaître notre doute métaphysique.

Charabia! Que l’on choisisse d’imposer un sens à des faits objectifs, ou des observations à des états quantiques, ou encore des âmes à des corps de zombies, rien de tout cela ne rétablit la compréhension des êtres vivants dans le monde. Ajouter arbitrairement du spirituel à un monde matériel qui semble bien fonctionner sans cela ne convainc personne. Pas étonnant que la foi soit en recul à notre époque scientifique. Pour donner un sens à la foi, on doit se rappeler où commence la connaissance, et ensuite on pourra donner un sens aux acquis de l’ère moderne.

Nous célébrons la fête de saint François. C’est une excellente occasion de donner une réponse franciscaine à la relation entre la foi et la science moderne.

Pour saint François, il ne pouvait y avoir qu’un seul point de départ pour comprendre le monde, et c’était en voyant un frère ou une sœur. Cela commence avec Jésus Christ, le Seigneur de toute la création, qui lui a tendu la main en tant que frère assoiffé d’amour. François voyait des frères et des sœurs d’abord dans les autres personnes, mais aussi dans toutes les créatures de Dieu. Les relations fraternelles, voilà comment il donnait un sens au monde. Les personnes et leurs relations, c’est ce qu’il voyait en premier, et rien n’avait de sens sans elles.

Nous apprenons ce que signifie être une personne de ceux et celles qui nous aiment. Nous apprenons à agir comme une personne en aimant ceux et celles qui nous aiment. Et nous apprenons à nous investir plus complètement en tant que personnes en partageant cet amour avec les autres dans des relations fraternelles. Voilà, en bref, le monde selon saint François. C’est le monde tout entier, avec des personnes entières et des créatures entières.

Dans ce monde, la science n’est qu’une abstraction, aussi réelle et fiable qu’un croquis architectural de votre maison familiale, mais tout aussi éloignée de la vie de votre famille que ce croquis.

Pensez à ce qui se passe quand on parle des connaissances de la physique mathématique. Pour en parler, nous utilisons le langage humain, des expériences humaines et des manières humaines de comprendre le monde. Tout le langage humain et toutes les façons humaines de donner un sens au monde sont déjà là lorsque nous commençons à parler de science. Dès que nous sortons la science de son contexte purement formel, nos propres vies et nos propres expériences sont déjà présupposées par notre utilisation du langage humain.

Ce que nous donne saint François n’est ni une critique de la science, ni une solution de rechange à la science, ni une transformation du savoir scientifique en mysticisme. Il nous donne toutefois un contexte juste et très réel pour toute connaissance : le contexte des relations fraternelles. Or, l’admiration et l’émerveillement inspirés par la science ne doivent pas conduire à une divinité lointaine et désintéressée, mais à l’admiration et à l’émerveillement devant l’intelligibilité du monde et de son créateur. La capacité de la quête scientifique à amener les gens à une compréhension commune, peu importe qui ils sont et d’où ils viennent, devient un signe de l’unité de la connaissance. Cette connaissance du monde, nous pouvons la mettre à profit d’une manière véritablement humaine et personnelle, sans les mauvais usages de la création par les orgueils technocrates. Avec cette connaissance, nous pouvons agir davantage comme le Christ et nous laisser attirer dans sa vie.

 

Joachim Ostermann, ofm